J'ai fait la navigation Saillagouse – Perpignan en civière extérieure. Épisode peu glorieux mais certainement rare.

28 juin 1968, le stage montagne à Saillagouse se déroule normalement, sur la base de Ste Léocadie commandée alors par le capitaine CARMONA. Outre notre stage avion 1P-68 composé des amis ROGE, WAGNER, MARY, ANDRO, SALOMEZ, RADIGON, REMONS et dirigé par le capitaine NESMON, se trouvent aussi les futurs moniteurs CABON, LACOUR et consorts qui terminent leur formation et à qui nous servons de cobayes. Mon moniteur en stage montagne, le maréchal des logis-chef MERELES, me démontre comment utiliser les courants ascendants (pompes) sur les bords des parois, comment marquer un point au sol et faire des reconnaissances dans les vallées les plus encaissées autour de Saillagouse, me fait poser sur l''Hippopotame que de nombreux pilotes avion ont fréquenté avec plus ou moins de bonheur. En fait, une formation de pilote montagne qu''il faudra parfaire en unité. Le L18 se comporte avec une relative docilité lorsque j''ai les commandes, parfois cela est plus compliqué pour ne pas dire épique, l''avion étant léger et subissant les moindres turbulences. Et au retour des leçons les atterrissages sont parfois laborieux.

Pour gagner du temps, les changements d''élève se font sur le parking, moteur tournant au ralenti. Le L18 est un avion à ailes hautes avec pour chaque aile 2 haubans partant de la porte d''embarquement pour aller soutenir l''aile. L''élève ayant terminé sa leçon doit quitter l''avion par l''avant entre le hauban et l''hélice, l''élève suivant se présentant par l''arrière pour embarquer. Leçon terminée, comme les fois précédentes, je descends par l''avant côté droit, le casque sous le bras droit. Je fais deux pas sur le côté et, croyant être sorti du champ de l''hélice, je me recule pour que l''avion puisse repartir. Une immense claque me projette vers le hauban, je suis pour le moins secoué. Aussitôt, affolement car le sang coule abondamment, le casque éclaté est projeté à plusieurs mètres. Sous le choc, complètement déphasé, je titube et quelques camarades me rattrapent et me ramènent vers le hangar. Ma combinaison est trempée par le sang, elle semble avoir été découpée au niveau de l''épaule avec un couteau, mon épaule droite est affaissée. C''est le mois de juin, il est environ 11 heures et le soleil tape dur. Ce qui devait arriver arriva, je tombe dans les pommes. Petit à petit je retrouve mes esprits et me retrouve allongé au sol.

Pendant ce temps, le Capitaine CARMONA, prévenu, décide une évacuation en Alouette 2 vers Mont-Louis. Je suis à demi conscient mais je comprends que l''on équipe l''hélico avec une civière extérieure. Me voilà allongé et brélé dans la civière, la turbine et le rotor tournent, c''est l''envol vers Mont-Louis. Durée du vol : environ 10 minutes. Diagnostic du médecin du 11ème Choc, piqûre de morphine et évacuation sur l''hôpital de Perpignan. Toujours dans la civière, turbine et rotor en route, me voilà reparti.

Je suis assez conscient et m''évertue à tourner la tête pour voir le sol défiler sous la machine, et CARMONA, lui, tourne la tête pour se rendre compte comment je me comporte et me fait des signes pour savoir si tout va bien.

Dire que je fais la navigation est une boutade car dans la civière le champ de vision est plutôt limite et de plus je suis quand même bien amoché !

Pourquoi l''hélico se pose sur l''aéroport de Perpignan et pas à l''hôpital, je l''ignore, et c''est en ambulance que je termine l''évacuation. Les derniers kilomètres sont les plus pénibles car les secousses ressenties dans l''ambulance réveillent la douleur que j''avais eu tendance à oublier durant le vol en hélico.

Cet accident s''est soldé par une plaie de 15 centimètres environ, dans le gras du bras droit à partir de l''épaule, et qui a été recousue, une fracture de l''acromion, une légère coupure du cuir chevelu à l''arrière de la tête, et quinze jours d''hôpital à Perpignan durant lesquels les potes du stage m''ont rendu visite, après quoi j''ai dû faire de la rééducation. Bien sûr j''ai été radié du stage mais j''ai eu la chance de retrouver Dax début janvier 1969, étant rattaché au stage 3P-68 avec LENINAN comme chef de brigade, pour terminer cette formation de pilote avion. Le stage montagne à Saillagouse s''est cette fois parfaitement déroulé et de retour sur DAX, le brevet N° 1974 me fut délivré et comme récompense j''ai eu le "mérite" de faire une séance de voltige avec le patron.

Une chance énorme m''a évité un destin tragique qui, malheureusement, a frappé un pilote confirmé, le lendemain vers le Pic du Carlit.

Michel BRU