De 1982 à 1987, j’étais mécanicien équipement à l’escadrille ALAT de l’EAI à Fréjorgues. Au cours de l’année 1984 (ou 1985, ma mémoire me faisant défaut) un équipage est parti en mission (il me semble me rappeler de "biroutage" à l’île du Levant), avec le L19 immatriculé CCC.

Au retour, quelle ne fut pas notre surprise de voir arriver au roulage notre équipage fatigué, arborant fièrement sur la dérive de l’appareil l’immatriculation CCCP.

Une question nous est venue immédiatement : « ont-ils pactisé avec notre ennemi, le fameux « orange » ?…

Après avoir posé la question à nos deux camarades, ces derniers furent surpris de découvrir cette modification d’indicatif et n’ont pas été capables de nous donner une explication. Autant vous dire qu’ils se sont fait chambrer, comme nous savons si bien le faire dans notre arme.

L’histoire s’arrêta là et le mystère de l’ajout de ce “P ennemi” demeura…

En 2004, j’ai intégré un cabinet financier, dans lequel œuvrent des camarades de l’armée de l’Air. Au cours d’une conversation, où nous énumérions nos “campagnes”, voilà ce que m’a raconté mon ami marseillais, qui a un cœur aussi grand que sa tchatche :

- Dans les années 1980, par un matin ensoleillé de printemps, sur la base aérienne 114 d’AIX LES MILLES, nous avons vu arriver sur le parking de l’escadron d’hélicoptères 05/067 « ALPILLES » un L19 de nos amis biffins. Nous étions offusqués de voir un aéronef aux ailes paralytiques de couleur kaki sur un parking de voilures tournantes. Mais nous avons vite oublié cet affront quand nous avons vu l’indicatif de cet appareil : « CCC ».

La personne qui était à côté de moi, pour ne pas la citer je l’appellerai Bertrand, a eu l’idée lumineuse de modifier, à l’aide d’un ruban adhésif blanc, l’indicatif de l’avion de CCC en CCCP. Faire des conneries de ce genre dans l’armée de l’Air peut être gratifiant, car cette personne est aujourd’hui Général de division ou de corps d’armée.

Il y avait bien un avion soviétique sur le parking d’une base militaire française. Quelques heures plus tard, notre hôte de l’Es, était prêt à repartir vers sa ville d’origine, MONTPELLIER OV, une ville bien connue des Moscovites. Le pilote fait son tour avion, met en route son appareil, s’aligne, puis décolle. Tout est OK.

Notre Bertrand, officier de la lignée des directs, prend le téléphone, appelle la tour de contrôle et demande des explications concernant l’avion qui venait juste de décoller.

• Capitaine Bertrand au téléphone, vous êtes le contrôleur qui venez d’autoriser le décollage de cet avion ?

• Oui Mon capitaine • Il n’y a rien qui vous a choqué ?

• Non Mon capitaine, si ce n’est que son indicatif OACI, inscrit sur la poutre de queue, n’est pas celui que j’ai sur son plan de vol, mais j’ai vite compris que le personnel de l’EH y était pour quelque chose !! Je me trompe Mon capitaine??

Et là tout le monde rigole.

ENFIN, j’avais la réponse à cette question. Autant vous dire que nous avons rigolé de plus belle tous les deux.

Je ne peux terminer cet article, sans citer la moralité de l’histoire énoncée par notre camarade de l’armée de l’Air :

Si je n’avais pas rencontré le PASCAL, et si comme tous les anciens je n’avais pas raconté mes faits de guerre, je n’aurais jamais su ce qu’était devenu notre L19, et surtout Pascal n’aurait jamais su qui était à l’origine de cette farce.

En résumé, vous qui êtes toujours d’active, n’ayez pas peur de faire de telles bêtises, même si votre commandant d’escadrille n’a pas d’humour. Je vous conseille, surtout si vous êtes officier, de faire la même chose, cela vous permettra peut-être un jour de devenir Général.

Pascal HAMES, André DERSAHAKIAN (alias DD, armée de l’Air)