C’était en 1959, j’étais lieutenant pilote « Sikorsky » au GH2 à Sétif. Mon patron (PM), avec lequel je n’étais pas en très bon terme, décide qu’au détachement de Batna ce n’est plus un H 19 D 3 qui participera mais un H 19 A. Le H 19 D 3 est un 800CV très performant, particulièrement en altitude. Le H 19 A est un 600CV peu performant en altitude et moins rapide. Désigné pour un détachement d’un mois à Batna,  je fais remarquer à mon patron que je ne serai pas en mesure d’effectuer de nombreuses missions avec ce type d’appareil dans une région montagneuse et en altitude. Malgré tout PM décide que je partirai avec un H 19 A. 

A Batna  je dors sur la base dans un bâtiment du peloton avion et je mange au mess de l’Armée de l’Air où je me suis fais de nombreux amis. Ce jour là à midi je déjeune avec un équipage de H 34 de l’Armée de l’Air venu en détachement à Batna. Pendant le repas on vient me prévenir qu’il faut évacuer 5 blessés dans la zone du « RX 43 ». « RX 43 » carré de 100 kms en coordonnées chasse qui carroyaient nos cartes à l’époque. Cette zone de triste réputation est connue des pilotes, le relief y est particulièrement accidenté et en altitude. Compte tenu des performances de mon appareil il m’est impossible d’exécuter cette mission. Avant que j’ai pu émettre un avis le commandant de l’Armée de l’Air qui est à ma table, je dirais le Cdt « T » (je ne dirai pas son nom) dit : « Ne vous en faites pas BAGGIONI nous allons y aller avec un H 34 ». Effectivement avec mon H 19 A dans cette zone je n’aurais pu enlever tout au plus qu’un blessé à la fois. Le H 34 est un Sikorsky de 1525 CV.

A 16h00 un hélicoptère de l’Armée de l’Air ramenait dans un brancard le corps carbonisé d’environ un mètre du commandant « T ». Le commandant et son équipage après avoir embarqué les cinq blessés avaient été abattus au décollage par une rafale d’arme automatique tirée par les rebelles. L’appareil abattu a pris feu, il n’est pratiquement rien resté de l’hélicoptère et de ses occupants.

Après bien des années le triste souvenir de cette histoire est dans ma mémoire et ne veut pas s’effacer. Pourquoi Lui et pas Moi. Ce n’était pas mon destin… 

 

Colonel (H) Ange BAGGIONI