Cet article, signé A. Cléry, est tiré du numéro d'avril 1908 de La Revue lexovienne illustrée...

 

L’Hélicoptère Paul Cornu


Au mois de juillet 1906, MM. Cornu et fils exposaient dans le préau du Collège de Lisieux, au moment de l’Exposition des Beaux-Arts, ouverte à l’occasion des grands concours agricole et horticole, un appareil d’aviation des plus curieux.

Depuis longtemps, les habiles mécaniciens, qui comptent parmi les représentants les plus distingués de l’aéronautique, poursuivaient leurs recherches de perfectionnement et d’application pratique de l’intéressante découverte de M. Paul Cornu.

Le jeudi 4 octobre 1906 eurent lieu, en présence d’une centaine d’invités, les premiers essais concluants de l’appareil installé à l’ancienne usine Gillotin.

Le Lexovien du 6 octobre donnait de cet appareil une photographie que nous reproduisons et qui permettra de se rendre compte, par la comparaison avec l’hélicoptère de 1908, des perfectionnements réalisés par l’habileté et la volonté du jeune inventeur.

L’appareil de 1906 se composait, comme on le peut voir, d’un moteur à pétrole de 2 chevaux. Un cylindre actionnait par une courroie unique deux hélices de 2 m. 25 de diamètre tournant en sens inverse. Le châssis était formé d’un tube d’acier de 30 millimètres de diamètre et de 5/10 de millimètre d’épaisseur, armé par des cordes à piano. Les hélices et les plans inclinables disposés sous ces dernières pour recevoir l’air refoulé par elles et assurer l’avancement de l’appareil, sont de toile tendue sur des armatures en tubes d’acier de 2/10e et soudés à l’étain.

La transmission, brevetée, était obtenue par courroie plate d’un seul bout et c’est à cette disposition que les inventeurs attribuaient le bon rendement de leur appareil. Le poids de ce dernier en ordre de marche était de 13 kilog. 750.

La sustentation était obtenue quand les hélices atteignaient 30 tours à la minute ; à ce moment le moteur développait 1 cheval ½. L’avancement horizontal était obtenu par les deux plans en toile placés sous les hélices ; le courant d’air refoulé par les hélices agissant sur ces plans, on obtenait en moyenne une poussée de 2 kilog. suffisante pour le déplacement de l’appareil à 20 kilomètres à l’heure.

Les expériences faites ont été des plus concluantes. L’appareil s’est élevé verticalement, de ses propres forces, à une hauteur de trois mètres. Les plans ayant été inclinés, l’appareil a franchi horizontalement, sans arrêt et sans heurt un cercle de 25 mètres environ.

La solidité du principe était victorieusement établie.

Depuis ces essais, M. Paul Cornu s’est préoccupé d’agrandir les dimensions de l’appareil de façon à permettre l’enlèvement d’un poids équivalant où à peu près à son propre poids. Il a modifié certaines parties, sans altérer le principe même, a multiplié les essais pendant plus d’une année avec une rare ténacité et a opéré plusieurs ascensions dont la réussite l’a décidé à convier toutes les personnes qui s’intéressent à ses travaux et le soutiennent de leur concours à venir se rendre compte des résultats obtenus.

Les nouvelles expériences de l’hélicoptère transformé, que représente notre gravure, ont eu lieu le jeudi 26 mars à l’usine de Goulafre, propriété de M. Duchesne-Fournet, au Breuil, en présence de plus de deux cents personnes.

L’appareil, complètement modifié, repose sur deux paires de roues : il se compose d’un bâti d’une longueur de 6 mètres en tubes armés de câbles. Au centre se trouve le siège de l’aviateur et le moteur (Antoinette). Ce dernier, par une transmission spéciale (courroie plate), actionne deux hélices de six mètres de diamètre, fixées aux deux extrémités du bâti. Ce sont elles qui assurent la sustentation de l’appareil qui mesure 12 mètres de longueur.

Les organes de propulsion et de direction se composent de deux plans montés aux extrémités avant et arrière de l’appareil, immédiatement au dessous des hélices. Au moyen d’un levier, l’aviateur règle l’inclinaison de ces plans, la vitesse et le sens de la marche en avant ou en arrière ; un deuxième levier commande le déplacement latéral de ces mêmes plans qui font alors l’office de gouvernail, et permet de virer à droite ou à gauche.

Le poids de l’appareil, l’aviateur compris, est de 260 kilos.

La sustentation de l’ensemble est obtenue par la rotation des deux hélices à 90 tours par minute ; la propulsion s’obtient par réaction de l’air refoulé par les hélices sur les plans.

Au cours des expériences, M. Paul Cornu a donné des explications sur de très nombreux essais faits antérieurement et les ascensions de 1 mètre et 1 mètre 50 qui ont eu lieu. Les organes de l’appareil auxquels le constructeur avait donné une légèreté qu’il jugeait nécessaire, se sont, pendant ces essais multipliés, fatigués au point de ne pouvoir résister sans accidents à de nouveaux efforts.

L’appareil s’est élevé de trente centimètres et la propulsion se serait opérée très régulièrement si le vent assez fort qui soufflait n’eut pas contrarié la marche de l’appareil.

Il est utile de faire ressortir l’importance des résultats acquis au point de vue de l’aviation :

La surface portante de l’appareil étant de 6 mètres carrés, son poids, aviateur compris, de 260 kilos et la force dépensée de 12 chevaux, le poids soulevé par force de cheval est de 20 kilos et le poids soutenu par mètre carré de surface portante 45 kilos. Ces deux chiffres sont supérieurs à ceux obtenus jusqu’à ce jour et permettent d’espérer que l’on arrivera à réduire dans des proportions considérables le volume des hélicoptères - qui seront les véhicules pratiques de l’avenir.

Dès maintenant, les très sympathiques ingénieurs sont décidés à construire un appareil de même principe modifié suivant l’expérience, plus petit, plus simple encore et plus résistant, dont la construction exigera environ 4 mois.

Nous souhaitons à MM. Cornu et fils le succès le plus complet qui doit récompenser légitimement la haute intelligence, les patients efforts et l’habileté pratique d’un inventeur dont le nom mérite d’être inscrit parmi les glorieux promoteurs de l’aviation.